COMBAT CONTRE L\' HYPERPHAGIE COMPULSIVE

Les schémas cognitifs 2/2

Jeffrey E. YOUNG enseigne et travaille dans le Département de Psychiatrie de l'Université de Columbia. Il est le fondateur et le directeur des Centres de thérapie cognitive de New York et du Connecticut ainsi que de l'Institut de Schéma Thérapie de New York.

Janet S. KLOSKO est codirectrice du Centre de thérapie cognitive de Long Island, elle est également psychologue à l'Institut de Schéma thérapie et au Woodstock Women's Health.

Marjorie E. WEISHAAR enseigne la psychiatrie des comportements humains à la Brown University Medical school, elle donne également des consultations à titre privé.

Comme chez Beck (voir première partie de l’article), chez Jeffrey E. Young la notion de schéma précoce inadapté représente un thème important et envahissant pour l’individu. Il consiste en un ensemble de souvenirs, de cognitions, de sensations corporelles et d’émotions concernant soi-même et ses relations avec les autres. Ils se constituent au cours de l’enfance et de l’adolescence, et sont enrichis tout au long de la vie. La différence essentielle résidant dans le fait que pour Beck, le schéma dysfonctionnel est une croyance profonde (« Je suis indigne d’être aimée ») alors que chez Young, cette croyance centrale n’est qu’un élément du schéma (Imperfection ou Abandon par exemple). Cette origine infantile du schéma se forme souvent avant l’acquisition du langage, c’est pourquoi les schémas précoces ont une origine inconsciente (non verbale), basée principalement sur une impression, une ambiance, un climat émotionnel.

 

Il suffit donc que la situation actuelle ressemble légèrement à la situation initialement traumatique pour que le schéma soit activé. On comprend donc comment les schémas initialement adaptés deviennent avec le temps inadaptés, puisque la personne réagit à des situations actuellement non traumatiques de la même manière que par le passé (quand elles étaient effectivement traumatiques). Comme l’absence d’oubli des stimuli dangereux est une règle fondamentale pour notre survie, il semble que les souvenirs émotionnels stockés soient indélébiles. Il n’est donc probablement pas possible de guérir complètement des schémas.

 

 

Que peut donc faire la thérapie des schémas et quel est son rôle ?

 

 

Le premier rôle est d’aider la personne à mettre des mots sur son expérience émotionnelle issue du schéma et de l’aider à faire le lien entre la partie inconsciente et consciente de ses souvenirs d’enfance. Ceci par des méthodes émotionnelles qui lui permettent de reconstruire ces images. L’objectif étant d’amener la personne, par la compréhension des relations entre ces éléments conscients (cognitifs) et inconscients (émotionnels), à accroître l’exercice de sa volonté sur les mécanismes psychiques soumis aux schémas.

 

La thérapie a donc pour but d’augmenter le contrôle des schémas par la conscience et d’affaiblir les souvenirs, les émotions, les sensations corporelles, les cognitions et enfin de changer les réponses adaptatives dysfonctionnelles (stratégies comportementales) associées aux schémas. Dans une situation de vie où le schéma sera réactivé, la personne vivra donc la réaction émotionnelle avec moins d’intensité et plus de distance et pourra alors mieux choisir le comportement qu’elle voudra adopter, agir de manière moins impulsive et être ainsi plus efficace et mieux adapté. Elle pourra alors arrêter d’être au service de ses schémas pour enfin s’occuper de manière efficace de ses besoins fondamentaux et développer « une vie qui vaut la peine d’être vécue ».

 

Selon Young, l’être humain dans son enfance a besoin que ses besoins affectifs fondamentaux soient comblés. Si ces besoins sont trop carencés, la personne va développer des schémas dysfonctionnels. Dans cette thérapie, il faut donc insister sur l’exploration de l’origine des problèmes (Young a mis d’ailleurs au point un moyen pour cela, le questionnaire des attitudes parentale).

 

Voici les 5 besoins fondamentaux et leurs influences sur les 18 schémas :

 

 

I) Besoin de sécurité lié à l’attachement aux autres

(Hypersensibilité aux séparation et rejets)

 

1) Abandon/Instabilité

2) Méfiance/Abus

3) Manque affectif

4) Imperfection/Honte

5) Isolement social

 

 

II) Besoin d’autonomie, de compétence et d’identité

(Manque d’autonomie et de performance)

 

6) Dépendance/Incompétence

7) Peur du danger ou de la maladie

8) Fusionnement/personnalité atrophiée

9) Echec

 

 

III) Besoin de limites et d’autocontrôle

(Manque de limites)

 

10) Droits personnels exagérés/grandeur

11) Contrôle de soi/autodiscipline insuffisants

 

 

IV) Besoins d’exprimer ses besoins et émotions librement

(Orientation excessive vers les autres)

 

12) Assujettissement

13) Abnégation

14) Recherche d’approbation et de reconnaissance

 

 

V) Besoin de spontanéité et de joie

(Sur-vigilance et inhibition)

 

15) Négativité/pessimisme

16) Sur-contrôle émotionnel

17) Idéaux exigeants/critique excessive

18) Punition

 

Les schémas 12, 13, 14, 16 et 17 sont des schémas conditionnels par rapport aux autres qui sont des schémas inconditionnels (développés plus précocement et plus difficiles à assouplir).

Ces schémas sont conditionnels dans la mesure où l’enfant peut souvent éviter ce qu’il redoute s’il fait ce qu’on attend de lui : « Si je fais tout ce que l’autre attend de moi sans montrer que je ne suis pas d’accord, alors il ne me laissera pas tomber » (Assujettissement/Abandon). En fait, ces schémas conditionnels (stratégiques et secondaires) représentent des tentatives d’adaptation développées à partir de schémas plus centraux (inconditionnels). Concernant ces schémas inconditionnels, quoi que fasse l’enfant, l’issue est négative.

La première phase du traitement consiste donc en la conceptualisation du cas par l’identification des schémas chez le client et à l’identification de ce que Young appelle les styles d’adaptation dysfonctionnels. Ces styles d’adaptation correspondent aux stratégies comportementales que le sujet va mettre en oeuvre face à ses schémas. Ils permettent à l’individu de s’adapter aux schémas, tout en évitant de ressentir les émotions intenses et insupportables que ceux-ci engendrent. Chaque personne va utiliser différents styles d’adaptation dans différentes situations, à différentes périodes de sa vie face à un même schéma.

 

L’activation du schéma étant perçu comme une menace, l’individu va réagir à cette menace par 3 types de stratégies comportementales :

 

Þ    soit la soumission au schéma qui correspond à la capitulation (obéissance, passivité, dépendance),

 

Þ    soit l’évitement qui correspond à la fuite (évitement de pensées, d’émotions, de situations par un retrait social, par une addiction, un abus de substance, de la dissociation ou par la recherche de stimulation),

 

Þ    soit par la bataille qui correspond à la compensation (par de l’agressivité, de la dominance, de la manipulation ou par la recherche de reconnaissance).

 

Toutes ces stratégies adaptatives sont dysfonctionnelles car elles participent à maintenir les schémas de l’individu, ceci au détriment de la satisfaction de ses besoins et de son bien-être.

 

Enfin, pour finir la conceptualisation, il reste à aider l’individu à préciser ses modes (pour ses schémas concernés) afin qu’il puisse les identifier lorsqu’ils s’activent.

 

 

Qu’est-ce un mode ?

 

 

Un mode selon J. Young est l’activation à un moment donné d’un groupe de schémas et de stratégies d’adaptation. Le mode est donc un état (groupe de schémas et de stratégies activés ensemble à un moment donné) alors que le schéma est un trait (qui peut ou non être activé à

un moment donné). Le trait nous renseigne donc sur le fonctionnement de la personne à long terme et le mode nous indique l’état actuel de la personne.

 

Il existe 10 modes de schémas divisés en 4 catégories.

 

 

Les modes de l’enfant

 

1. L’enfant vulnérable : abandonné, abusé, privé d’affection, rejeté

 

2. L’enfant coléreux : la partie furieuse car les besoins fondamentaux ne  sont pas satisfait

 

3. L’enfant impulsif/indiscipliné : agit selon ses désirs sans se soucier des conséquences

 

4. L’enfant heureux : dont les besoins de base ont été satisfait

 

 

Les modes « style adaptatifs dysfonctionnels » (qui correspondent aux styles d’adaptation vu plus haut)

 

1. Le soumis obéissant : se soumet au schéma, le considère comme vrai

 

2. Le protecteur détaché : évite, se distraie et se détache des émotions provoquées par le schéma

 

3. Le compensateur : se bat contre le schéma pour prouver le contraire

 

 

Les modes du parent dysfonctionnel : se comporte comme le parent qui a été internalisé

 

1. Le parent punitif : punit un des modes de l’enfant qui a été « vilain »

 

2. Le parent exigeant : qui met sous pression l’enfant pour qu’il se hausse à des normes excessivement élevés

 

 

Le mode de l’adulte sain :  

 

C’est le mode que nous cherchons à renforcer en thérapie des schémas en apprenant à la personne à modérer, à soutenir ou à guérir les autres modes.

 

Une personne peut cumuler plusieurs schémas ou passer d’un schéma à un autre. La thérapie cognitivo comportementale nécessite toute une série d’exercices par rapport à une situation précise.

Il faut identifier le schéma, noter les distorsions cognitives (intolérance à la frustration, exigence, surgénéralisation, catastrophisme). Puis il faut identifier le style d’adaptation dysfonctionnel (soumission, évitement, surcompensation) et le mode problématique (enfant vulnérable, furieux… et/ou parent punitif…). Noter les pensées automatiques lors de cet évènement. Noter les émotions et sensations physiques et les comportements automatiques que cela engendre (compulsion alimentaire ou autre). Ensuite il faut notre les conséquences à court terme et à long terme.

En parallèle, il faut trouver à ce même évènement, des réponses plus saines, plus utiles, réalistes… afin de pouvoir raisonner en mode adulte sain ou enfant heureux. Et il faut renoter par rapport à ces solutions les pensées alternatives, les émotions et sensations physiques, les comportements alternatifs et les conséquences à court terme et à long terme. Bien sûr cela prend du temps mais permet de se détacher des schémas et apprendre à vivre en véritable adulte sain ou enfant heureux. Souvent la réflexion en vaut la peine car une compulsion alimentaire peut en être évitée grâce à ce mécanisme.

 

A force de se concentrer et de faire les exercices, il est possible de répérer quand le schéma s’active afin de pouvoir sortir des automatismes et pouvoir enfin VIVRE.

 

La guérison des schémas exige la volonté de se battre contre lui. Elle demande de la discipline et un entraînement fréquent (voir exercice ci-dessus). Il faut observer le ou les schémas et y travailler tous les jours à pouvoir les changer. Jusqu’à ce qu’il soit corrigé, le schéma va lutter pour se maintenir. La thérapie consiste à faire la guerre aux schémas. La guérison totale est souvent impossible car les souvenirs liés aux schémas ne sont pas effaçables. Ils ne disparaissent donc jamais complètement. La guérison permet d’obtenir qu’ils soient moins activés et que l’affect soit moins intense et moins prolongé. Le mode adulte sain s’active ce qui rend une vie plus positive.

 

Maintenant je comprends mieux pourquoi j’ai rechuté. Je n’ai pas pu supporter toutes ces voix qui me gâchent la vie car j’avais le parent punitif parti en guerre avec l’enfant vulnérable et l’enfant heureux écrasé parmi eux. Ces voix m’ont fait devenir folle. Je pensais que j’étais la seule dans ce cas là. En réalité à un moment donné de la thérapie, les schémas sont tellement bien installés que vous pensez bien qu’ils ne vont pas vous laisser tranquille du jour au lendemain. Je me souviens que c’était une pression très dure dans la tête au point que je pensais avoir l’avoir perdu (j’avais au moins 3 discours différents dans ma tête). Je confirme qu’il s’agit bien de partir en guerre contre les schémas pour pouvoir espérer s’en sortir c’est-à-dire partir en guerre contre soi-même !

 

Sources :

 

La thérapie des schémas : approche cognitive des troubles de la personnalité by Jeffrey E Young, Janet S Klosko, Marjorie E Weishaar sur GOOGLE.book

 

Table 1 : domaine et schémas CONTEMPORARYPSYCHOTHERAPIE.org

 

Schéma Thérapy WIKIDEPIA.org

 

 



30/03/2011
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